Cette Fois C’est La Bonne est avant tout un projet universitaire, et il reçoit des critiques constructives : il doit être noté – et a été noté. La critique alpha étant l’ambiguïté de tons du projet, surtout avec différents médias en jeu. Trop d’ironie dans les papiers ? C’est vrai. Mais ce n’est pas celui là qui va inverser la tendance, bien au contraire, je m’en excuse.

Comprenez que l’épreuve de logique de l’IPJ est un appeau à ironie. Un énorme appât, deuxième monument visible depuis l’espace, tel Bruce Willis forcé de se balader avec un message raciste en plein Harlem dans Une journée en Enfer. Cette épreuve est symptomatique d’une chose qui peut pénaliser tout à chacun : elle demande un état d’esprit. Quelque chose qui ne peut pas être bossé, révisé ou travaillé à longueur de temps dans un MOOC. La logique, en l’occurrence, n’engage que celle qui la propose. Fut un temps je me suis engagé dans une année de droit en pensant que ce serait le truc le plus carré et compréhensible du monde, j’en suis sorti avec plus d’interrogations qu’avant mon premier TD. Je suis pourtant ceinture noire des raisonnements carrés, logiques, c’est mon petit truc. Cette nouvelle épreuve du concours, dont le premier volet a été testé en 2014 par votre serviteur, été très anticipée, toujours pas votre serviteur.

En amont, j’ai eu droit à un concours blanc de l’ESJ qui, traditionnellement, consacrait un volet de logique dans son épreuve d’actualité. En l’occurrence, elle n’a pas eu lieu en 2015, mais on me signale dans l’oreillette que l’épreuve 2016 marquait le retour aux « indispensables » (une liste de dix questions, ne pas répondre à deux ou trois invalide tout le lot) alors tout est possible. Bref, dans le blanc, ça ressemblait à ça.

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Du gâteau, non ? Des « pièges à cons » classiques (doubler le deuxième, devenir deuxième, les trains à équidistance par définition) des maths qui vous rappellent un bon vieux principe d’enfance (mettre la priorité sur les multiplications) et des produits en croix simples.

Je m’attendais à quelque chose du même acabit, sur 30 questions. Que nenni.

On va faire du bon vieux morceaux choisis. Fin de matinée sur la journée d’épreuve de l’IPJ, consacrée aux questionnaires en tout genres. Une bonne tranche de quizzs à points négatifs est derrière vous. Vous n’en pouvez déjà plus, mais qu’importe, l’adrénaline est là. Cette fois, une bonne réponse vaut 4 points, une mauvaise réponse en retire 1. Cette notation invite à tenter sa chance si on hésite vraiment entre deux propositions. On rentre dans des mécanismes mentaux de dernier recours : « Oui, mais en hésitant quatre fois il va bien y avoir un bénéfice sur le tout… » alors que, probablement, on ne fait qu’invalider les « vraies » bonnes réponses. Un peu comme l’épreuve de français, on peut distinguer plusieurs volets dans cette suite de questions. « Rhétorique », « enchaînements logiques » « pièges à cons » et « on vous déteste, changez d’ambitions ».

Morceaux choisis, mais n’hésitez pas à tester vos capacités en famille ou au coin du feu.

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Erm. Du coup, 1 journaliste écrit 3 articles en 1 jour ? Ce qui veut dire que 2 en écrivent 6 en 2 ? On va supposer que c’est 18, mais ce genre de choses m’échappent.

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Vous n’êtes pas en train de faire un AVC : cette question n’a aucun sens. Le petit avertissement est un bon indice : après vous être pris le chou 5 minutes (sur seulement 45 de disponibles, autant dire deux ou trois éternités) sur le twist de la question, vous en déduisez que c’est la dernière par défaut. Parce que les quatre autres ne veulent rien dire non plus. On n’augmente ou diminue que d’un seul pourcentage. Vous perdez trois points de sanité, relancez un dé de six.

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(Disney savait être hardcore, dites)

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C’est relativement limpide, mais n’oubliez pas que l’épreuve de logique est très ancrée dans son époque : elle veut vérifier si vous êtes à l’aise dans le datajournalisme. Maîtriser des données et savoir les interpréter rapidement doit être votre mantra. (Et connaître vos formules sous Excel mais c’est votre problème)

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Je pars du principe que les rédacteurs savent ce qu’ils font. Ils ont trop d’expérience dans leur métier et dans la rédaction des concours pour ne serait-ce que partir du principe inverse. Ce paragraphe – cette question ! Fait 286 mots et demande deux bonnes minutes de lecture, soit un vingtième de l’épreuve, ce qui ne rentre pas dans vos « frais », somme toute déjà très tendus. Un bon tiers des questions sont de cette trempe. Tout ça suppose que cette épreuve récompense ceux qui ont une lecture globale : pourquoi s’arrêter immédiatement à l’intitulé ? Prenez d’abord connaissance des réponses, et butez au premier fait concordant.

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Oh non, quelle horreur, les questions Mickey Énigme. Je suis nul en rhétorique, et bon nombre de questions sont là pour tester votre sens du raisonnement et des connexions logiques. Il vous suffit de brosser tous les scénario rapidement pour vous rendre compte que le deuxième et le salaud qui nous pompe la vie à l’instant T. Le premier essaie de dire qu’il est innocent, le deuxième modifie ce témoignage, le troisième appuie cette thèse. Boum. Vous êtes un détective.

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J’ai littéralement écrit « J-O-U-R-N-A-L-I-S-T-E » sur mon brouillon, déjà pas mal maculé par divers fluides versés par désespoir, et me suis pris le chou pour faire la chose étape par étape. Je ne me souviens pas avoir trouvé une bonne réponse tangible. S’il y a un vrai paradigme pour faire la chose sans la prendre au pied de la lettre, envoyez moi un tweet, un mail ou n’importe quoi.

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Imaginez le truc. Je mettrai toujours l’emphase de « je joue ma vie sur cet instant » et soudainement, votre vie se résume à Pong, Ping, Bigs et Bang. Ici on teste votre capacité à associer des choses. Un petit schéma sur papier résolvera la chose en un tournemain. Et vous pourrez jouer à The Witness, démentiel jeu de puzzle aux multiples niveaux de lecture.

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Argh. Je vois STYLO et CAMERA, je suis toujours incapable de voir les trois autres. Je vais prestement aller sur un générateur d’anagrammes.

(…)

Ah ok. on peut faire CORNEMUSE avec la première. Mais en situation réelle, s’amuser à trouver le mot en question sans savoir quoi chercher derrière est une activité qui nécessite un temps qu’on a pas.

Capture d’écran 2016-05-12 à 10.55.46Je vous laisse faire le petit schéma mental chez vous. Il faut déjà faire le distingo entre « la largeur augment de X » et « X par rapport à Y », ce qui me laisse penser que c’est 127%. Mais après tout, je ne suis peut-être pas quelqu’un d’assez logique.

Ou d’assez dingue. Je ne sais pas.

C’est un petit traumatisme.

Je ne peux mourir avant d’avoir eu une discussion approfondie avec l’auteur de cette épreuve. J’en sais tous les enjeux et (la plupart des mécaniques), mais avec si peu de temps et dans de telles conditions, je ne sais.

Un jour je suis né, depuis je joue beaucoup aux jeux vidéo et j'écoute beaucoup de musique anglophone et islandaise à des heures coupables. Étudiant en journalisme, pigiste pour Le Monde.fr. Vous pourrez me retrouver à @BenjaminBnt sur Twitter.

4 Comments on “L’épreuve de logique

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