L’épreuve d’actualité

Les six cercles de l'enfer

Commençons une série d’articles sur les différentes manières d’appréhender les épreuves, et les différentes mentalités qu’elles peuvent véhiculer. Qui sont-elles ? Quelles sont leurs réseaux ? A chaque fois, on prendra quelques exemples d’écoles et de difficultés variables. Cela vous permettra d’avoir un plan de bataille un peu plus global et, plus généralement, de savoir à quelle sauce vous allez être mangés. L’apothéose de cette série sera l’épreuve de logique, « même le prix vous fera rire ».

Commençons prestement par le point nodal des concours, l’épreuve qui, en plus d’avoir un gros coefficient partout, se répercute aussi sur le reste des épreuves et sur les oraux.

CFJ – Une infinité de questions sur une infinité de détails

Les annales 2015.

Parmi les nombreux cauchemars que m’évoquent encore mes trois tentatives, ces questionnaires infinis sont en très bonne position. Une centaine de questions, cinq réponses à chaque fois, une note sur vingt et ! Une mauvaise réponse vous retire des points. Un vrai petit jeu d’esprit quand vous hésitez entre deux réponses très crédibles et que vous avez l’impression de jouer votre vie dans la prochaine heure, alors que vous risquez juste de mettre six mois de révisions par terre et de reculer vos ambitions d’un an, ce qui est déjà un bel enjeu en soi. De difficulté allant de « moyen » à « assez piégeux », la principale contrainte de cette épreuve est la très grande diversité des questions. C’est une vraie ouverture d’esprit en amont qui vous récompensera : cette étude très poussées de l’actualité internationale ne vous servira que pour le vingtième du total, soit 2 points que vous aurez vite fait de saborder ailleurs. C’est délicieusement sadique. Médias, sports, culture, nom du dernier album de Sexion d’Assaut, petite phrase, TOUT peut tomber, même les sujets les plus transversaux.

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Et l’exemple n’est pas exempt de pièges, petits et gros.

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Meerkat et Periscope ont percé à peu près en même temps, vers fin février 2015. Les deux ont la même fonction. Mais c’est bien Periscope qui a été racheté par Twitter. Si vous vous êtes formalisé sur la première moitié parce que vous ne connaissiez pas l’autre, perdu, vous avez annulé une bonne réponse ailleurs.

Quitte à faire preuve d’un sens de la précision un peu glauque.

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IPJ – Le contexte avant tout

Voilà une démarche un peu différente que j’aime bien. Elle laisse moins de place à l’erreur – considérez que vous n’aurez qu’une vingtaine de grosse « questions » – mais elle récompense ceux qui comprennent l’information au lieu de la retenir bêtement. C’est l’épreuve des 5 W (vous êtes sensés savoir ce que ça veut dire) mise en place depuis 2014. L’idée est astucieuse et sort des clous. A chaque page, un mot, une photo, quelque chose sans annotation. Cinq cases à remplir : Qui, Quoi, Quand, Où, Comment-Pourquoi. Le curseur sur la validité des réponses sur certains domaines est un mystère (dans quelle fourchette de temps êtes vous dans le vrai pour déterminer le bonne date de sortie du premier album de Fauve ?) et le distinguo entre « Comment » et « Quoi » n’est pas simple mais chaque réponse validée par « objet » vous donne un point. Vous avez les cinq ? Un point en plus. C’est net et précis, vous le savez ou pas et vous avez strictement le temps de tout faire.

Exemple. Il est impossible de ne pas feuilleter le fascicule en début d’épreuve avant de s’y mettre réellement, pour prendre la température. Ça se présente bien. « Candy Crush », « Game Of Thrones », « La Vie d’Adèle ». « MH370 ». Une photo de Patrick Buisson à coté d’un dictaphone. Le temps d’un petit rire étouffé en souvenir de cette affaire d’écoutes, vous finissez sur cette photo :

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Ça vous dit évidemment quelque chose : c’est Thomas Wieder qui fait un selfie posté sur Twitter. Cela avait provoqué un mini-scandale dans la PQN, accusant le journaliste de relâchement pas-très-protocolaire. Ce channeling de Laurence Haïm est, de toute évidence, dans la Maison Blanche, la présence d’Obama est un bon indice et T. Wieder est à deux secondes de se faire engueuler par le service de sécurité. Manque le plus difficile : il fallait se souvenir d’une visite d’État de François Hollande (je trouve cette image choisie intelligement, puisque la présence du président Français est AUSSI UN BON INDICE) le 11 février. C’est le plus dur. J’ai du mettre « premier tiers de février », ne sachant pas trop quoi mettre de plus. C’était autour de la Saint-Valentin.

Et voilà. Six points. Vous avez franchi deux centimètres sur les deux kilomètres qui vous séparent de la carte de presse.

L’intégralité de l’épreuve 2014 est disponible ici, photomontage de l’enfer inclus.

CELSA – Clair, net et précis

Des extraits d’archives, excepté le concours 2015, sont disponibles ici. Ils sont tous extrêmement représentatifs.

Ici, on revient à un mix entre les deux premiers : une série de propositions « libres » qui ne demandent pas une connaissance suprapointue du domaine en question, mais les domaines proposés ratissent larges. La toute première page donne le ton, et c’est un plaisir fou de la dominer. On vous demandera de définir dix personnes qui ont fait l’actualité.

En 2014 : Bill de Blasio, Dominique Bertinotti, Guy-Manuel de Homen-Christo, Catherine Samba-Panza, Vitali Klitschko, Michelle Bachelet , Charles Beigbeder, Matteo Renzi, Germaine Tillion, Eliane Houlette.

Je m’en souviendrai à vie ! Ici, un nouveau maire de New-York, une résistante, le Daft Punk qui n’est pas Thomas Bangalter et qui a un nom un peu moins facile à retenir, un élu UMP au nom qui fait penser à autre chose, la présidente de Centrafrique de transition, un boxeur Ukrainien très impliqué dans la crise politique majeure du pays sur la place de la Liberté, et la première procureur financier. Si vous avez bien fait le travail, vous vous doutiez que les deux tiers de ces noms allaient tomber.

Ce n’est qu’une page sur dix, mais la suite est du même niveau. France, Inter, Culture, Sport, Eco. Je trouve ce volet 2014 un cran plus facile que ses prédécesseurs, ceci étant contrebalancé par un volet culture gé à manger ses dents. Achats de votes par Serge Dassault, Bygmalion, Dieudonné, maladie de Jean-Louis Borloo (ce n’est pas difficile à deviner, mais préciser ce qui est annoncé et ce qui est soupçonné sera évidemment en votre faveur). La suite confirme la pluralité des degrés et des sujets – ce n’est pas qu’en annotant le Monde que vous vous souviendrez de « Moustache » des Twin Twin pour l’Eurovision ou de Violetta mais, dans l’ensemble, c’est relativement abordable, dans l’échelle « concours de journalisme ». N’hésitez pas à éplucher les différentes années et à constater les différents niveaux de difficulté selon les années.

IFP – Penser différemment

Les annales de l’IFP ne sont pas disponibles gratuitement : vous pouvez demander les quatre dernières années, annotées de quelques conseils, pour vingt euros à l’adresse indiquée ici.

A chaque concours, Rémy Le Champion (retrouvez bientôt son témoignage ici) fait un speech. « Vous n’aurez pas de points négatifs en cas de mauvaise réponse… mais on y pense ». J’ai entendu cette phrase deux fois en 2013 et 2014.

L’IFP est, théoriquement, l’un des examens les plus « droits » dans le sens où il « suffit » d’avoir une moyenne de dix aux deux épreuves, mais son épreuve d’actualité est l’une des plus ouvertes et l’une des plus anarchiques. Ce n’est ni une bonne ni une mauvaise chose, juste potentiellement la plus frustrante. Actualité et culture générale se mêlent sur 40 questions, plus « déconnectées » et carrées que la moyenne. Vous pouvez citer les présidents des BRICS ? Un point. Vous savez qui est Tyrion Lannister ? Un deuxième. Chaque point vous rapproche du troisième et dernier round. Tout ça dans un joyeux désordre, certaines questions vont vous paraître trop faciles, d’autres injustes, certaines vont vous retourner le cerveau et d’autre vont vous faire perdre inutilement du temps. Quelle différence entre web et internet ? Oui, excellente question. Et entre MOOC et MOOK ? Vous pourriez placer Ushuaïa sur une carte ?

Cela fait plusieurs fois d’affilée que la question bonus porte sur de la culture populaire similaire. 2014 : Comment prononce-t-on « Stromae » à la belge ? 2015 : Pourquoi Christine « And The Queens » ?

Le mot d’ordre est donc « transversal ». Avec une marge de manœuvre réduite, la roulette russe peut se révéler un peu cruelle, à vous d’assurer sur l’autre épreuve dont tous les moyens vous sont données en amont pour réussir. La bibliographie trahit plus ou moins le sujet, à vous de venir avec vos plans en tête. C’est la fête !

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CUEJ : Tout ou rien

Toutes les archives sont généreusement disponibles à cette adresse.

Encore une autre mentalité, elle aussi intéressante. Les épreuves du CUEJ sont peut-être celles qui demandent le moins de travailler l’actualité, après le dossier de synthèse de Science-Po qui s’en affranchit carrément, au même titre que toutes les autres épreuves. Pas dans le sens où ça demande moins de préparations, mais on va vous demander bien moins de choses. Bien moins de choses. Dix, pour être très précis.

Vous avez donc passé l’épreuve d’anglais, l’observation, la question ouverte de société, la culture générale, et voilà l’heure de prouver que vous avez bien absorbé le reste de l’année. L’épreuve se décompose en deux parties. Vous rejoignez l’amphi, prêt à en découdre (c’est une ambiance unique et indescriptible. La rédaction de Cette Fois C’est La Bonne recommande cet espèce d’adrénaline masochiste) et vous vous retrouvez devant ça.

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Pas plus ! Une question inter, une question française, une question sports, une question société et une question tech. A vous de refaire les 5W. Retracer la fin de parcours du président Afghan, pas si dur. Sotchi ? Tout le monde s’en souvient encore : sites pas prêts, chaleur inappropriée, homophobie, tensions avec l’Ukraine, rien n’allait, de quoi écrire une belle tartine. Le reste… c’est plus compliqué, après avoir expliqué ce qu’est un Bitcoin. Vous ne pouvez pas répondre à un titre ? C’est très mal parti. A partir de deux, vous avez sévèrement envie de rentrer chez vous. Les rédacteurs sont évidemment conscient de cette petite fenêtre et vous constaterez par vous-même le degré de précision demandé par domaine au fil des années.

Deuxième étape : cinq autre éléments, exactement comme pour les 5W de l’IPJ, mais avec des photos et des vidéos. Tension extrême dans l’amphi. La surveillante affiche son album de photos, se trompe et en dévoile un peu trop au mauvais moment. Trois photos, deux vidéos. Un rappel sur un vaste scandale dans le monde financier chinois. Un homme politique qui parle français qui vote, qui papote… nous sommes en avril 2014, les municipales sont encore fraîches : c’est Eric Piolle, unique élu EELV à Grenoble ! Votre serviteur n’a pas été capable de se souvenir de son visage et a misé sur Stéphane Ravier. Un correcteur m’a probablement détesté.

ESJ – Cette Fois C’est La Bonne, etc

Les annales sont payantes, il faut passer par ici.

Si chaque manche possible du Barbu était une épreuve d’actualité de concours, la Salade serait le concours de Lille. Si cette métaphore jeu-de-cartière ne vous dit rien, disons qu’elle résume un peu toutes les autres, tout en conservant un niveau abordable.

Pendant plusieurs années, l’épreuve d’actualité de Lille était une sorte de jeu de piste, un dossier archi-structuré où chaque mini-volet était un rituel. Questions de logiques, texte à trous, question à quantifier très précisément, dix portraits à reconnaître, carte, logique etc. En 2014, les élèves – et votre serviteur – ont été surpris de constater un changement radical de mentalité : le dossier d’actualité est devenu une très longue suite de questions très factuelles. Les correcteurs et les consignes mettent l’emphase sur un principe simple : ne s’attarder sur quelque chose que si ça en vaut la peine. L’épreuve est notée sur 100 points. Il y a plein de question à 0,5, 1, 2. Allez-vous vraiment vous prendre le chou sur cette question de math purement faite pour vous rendre dingue et vous faire perdre du temps alors que vous devez encore résumer le résultat des dernières Européennes pour 5 points ? On est d’accord !

Inter, France, Culture, aussi un texte à trous uniquement consacré à l’actualité des médias, l’épreuve 2014 était abordable. C’est, à mon sens, le concours le plus adapté aux fiches d’actu tel que je le conçois – et vous le conseille puisque les questions sont on ne peut plus claires. Pourquoi ci ? Que s’est-il passé tel jour ? Quel enjeu pour tel truc ? Pourqoi cette présidentielle a-t-elle été particulièrement commentée ? L’esprit de CELSA en un peu plus long et un peu plus varié. D’abord parce qu’il faudra remplir une carte de ses principales villes et pays limitrophes (à l’époque, l’Ukraine, ultra-prévisible donc pas de problèmes) et parce qu’il faut répondre à une question d’actualité sur 20 points. Soit 4 sur 20. Ne pas la faire ou rendre copie blanche est suicidaire. 2014 toujours : la commémoration du génocide Rwandais, qui avait posé moult soucis diplomatique à l’époque.

N’hésitez pas à commander les archives. Elles sont instructives.

Notez que la « Question d’actualité » est aussi une moitié d’épreuve au CFJ, c’est une discipline qui se retrouve là et là.

VOILA.

BON COURAGE.

Un jour je suis né, depuis je joue beaucoup aux jeux vidéo et j'écoute beaucoup de musique anglophone et islandaise à des heures coupables. Étudiant en journalisme, pigiste pour Le Monde.fr. Vous pourrez me retrouver à @BenjaminBnt sur Twitter.

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