La base de la base

Les concours de journalisme pour les nuls

Voici Jim Halpert. Jim est un fringuant jeune homme, et aussi « senior editor » sur la chaîne Atlantis Cable News. Jim a surement un super parcours, il doit sortir de Columbia – ce qui me rend fort jaloux – et a du rentrer ici après un ou deux excellents stages, dont un au Times. Vous enviez Jim et cet impeccable port de l’air contrit et de la cravate noire.

Seulement voilà, Jim est un personnage de fiction dans la chouette mais très inégale série The Newsroom et vous enviez son destin. C’est pourquoi vous envisagez de faire une grande école de journalisme en France. Noble projet, certes, mais avant tout, j’aimerais que vous intégriez ces axiomes.

  • Ce n’est pas la voix royale. Oui, je suis moi-même entouré de gens ayant des parcours parfaits. Écoles, apprentissages, CDD, comme si c’était la chose la plus facile et naturelle au monde. Ce sont avant tout des gens qui turbinent depuis toujours et qui connaissent leur sujet. Ça se travaille en amont. Se « réveiller » un peu trop tard est handicapant, mais pas éliminatoire. Cependant, beaucoup de journalistes ne sortent pas de ces cursus qui accusent d’un gros préjugé : formater les gens. Sans, vous avez aussi une indépendance d’esprit et de méthode… qu’il faudra adapter selon les cas. Sachez que moins de 20% des encartés sortent de ces cursus. C’est possible même dans les grandes rédactions qui peuvent sembler plus prestigieuses. Vous pouvez également sortir de l’IPJ et ne pas trouver de contrat dans les deux ans.
  • C’est un acheminement long, ingrat, injuste et passionnant. En gros, c’est un parfait résumé du métier derrière. Et vous rencontrerez toujours des gens qui ont réussi les mains dans les poches. C’est une mentalité bien spéciale. S’y adapter, c’est l’éventualité de se faire du mal, en réussissant ou non. Je n’exagère pas en soulignant la portée physique de la chose.
  • Ma parole n’est pas canonique. Je ne vais que vous rendre mon vécu, interprété par mes soins. Ce n’est donc pas objectif. J’estime cependant avoir la légitimité d’en parler en profondeur.

Les prérequis

Vous devez actuellement en être à bac+3 minimum. Dans le meilleur des cas, vous êtes en Licence 3 ou vous cubez une khâgne, par exemple. Ç’a ne vous empêche en rien de postuler à Bac +4 ou Bac+5, j’ai moi même tenté plusieurs fois et je termine un deuxième master, pour neuf ans d’études. Je pourrais, théoriquement, postuler à certains concours. Certains cursus reconnus sont post-bac mais je vais partir du principe que vous préparez un Master – partez du principe que la méthode est la même, ou préparez vous un peu dès maintenant si vous avez cette bille en tête. Certains concours ont une limite d’âge ou de tentatives : vous ne pouvez faire que deux fois le CUEJ et ne devez pas dépasser 24 ans l’année de votre tentative au CELSA, 25 si vous êtes bac+4. L’ESJ à Lille, par exemple, n’a pas de restrictions. Je ferai plus tard un tour des cursus mais disons dès maintenant que ce site est tourné autour de ce concours et de cette école en particulier. Il convient alors d’avoir une vision d’avance de votre cursus, et un plan A, B, C, etc.

Aucune expérience n’est requise la plupart des temps. Cependant, l’admission à Science-Po se fait aussi par dossier et un stage est requis pour postuler à l’IFP. Un mal pour un bien : ça vous force à avoir un pied dans le milieu, et ça prouve quasi-automatiquement que vous n’êtes pas là par hasard.

Comment ça se passe ?

Un vrai petit marathon s’organise alors. Vous vous inscrivez en ligne, vous passez votre vie à remplir des dossiers, des lettres de motivation, des CV et des tas d’enveloppes vides qui iront partout en France. Tout ça est très important, il est évident que soigner les lettres de motivation est obligatoire : elles seront relues avant vos entretiens. S’organise alors un vrai marathon en deux temps : d’abord les épreuves écrites. Quasiment toutes les écoles se sont arrangées pour ne les mettre que sur un jour à la fois, mais il faudra parfois changer de ville pour le lendemain. En mars, Sciences-Po, puis le Celsa, puis l’IFP, le CUEJ… selon vos choix d’écoles, il faudra voyager partout et aller à Paris, Lille, Strasbourg, Grenoble. Tout ça se planifie. Vous passez les épreuves, vous retrouverez les mêmes têtes : beaucoup de gens passent plusieurs écoles. Un peu plus de 600 candidats à Lille en 2014, c’est l’un des concours les moins tentés – et ça n’a aucun sens. Vous passez donc les épreuves. Un moment unique, où on a l’impression que notre vie se joue sur des cases à cocher. Si ça passe, vous arrivez à l’oral, ou se trouvent les épreuves d’entretiens : anglais, motivation, actualité, parfois travail de groupe et reportage. Je détaillerai ça plus tard.

Si vous avez réussi à être shortlisté après ce troisième round, vous aurez peut-être le choix de l’école. Félicitations. Maintenant, vous pouvez oublier tout ça et commencer à vous imprégner des cours et outils à votre disposition. Cela vous donne même potentiellement le choix de l’alternance, si cela vous correspond mieux.

Et tout recommence l’année d’après.

Alors il faut bûcher fort, et bûcher bien.

 

Un jour je suis né, depuis je joue beaucoup aux jeux vidéo et j'écoute beaucoup de musique anglophone et islandaise à des heures coupables. Étudiant en journalisme, pigiste pour Le Monde.fr. Vous pourrez me retrouver à @BenjaminBnt sur Twitter.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *